Lorsque j’ai commencé à m’intéresser aux plantes la sauge officinale faisait partie des premières, et que de découvertes passionnantes à son sujet ! De quoi mettre un bon pied à l’étrier. Par exemple connaissez-vous le mécanisme de la fleur pour permettre sa pollinisation ? Je vous propose de le découvrir à travers un texte de Maurice Maeterlinck. Nous verrons juste avant quelques généralités sur la sauge puis nous verrons comment la cultiver avec quelques astuces pour l’associer aux autres plantes.

Généralités

Salvia officinalis L.
Famille : Labiées
Genre : Salvia
Espèce : officinalis

Le nom commun le plus répandu est celui de sauge officinale mais de très nombreux noms ont étés donnés (et certains le sont encore), en voici quelques-uns :
Sauge domestique, Herbe sacrée, Thé de France, Grande sauge, Petite sauge, Sale, Thé de la Grèce, Thé d’Europe, Sauge de Catalogne.

Son nom latin Salvia vient de Salvus signifiant « en bonne santé » provenant lui-même de Salvare qui signifie « sauver ».

D’ailleurs sa réputation salvatrice lui a valu quelques proverbes.

Proverbe provençal :

Qui a de la sauge dans son jardin n’a pas besoin de médecin.

Proverbe de l’école de Salerne :

Pourquoi mourrait-il l’homme qui a de la sauge dans son jardin ?

Odoriférantes et mellifères les sauges sont aussi très appréciées des insectes pollinisateurs. Leur complémentarité avec les insectes soulève même un point étrange, ou du moins très étonnant, montrant l’adaptation de la plante à travers le temps et une forme certaine « d’intelligence ».

Le mécanisme étonnant de la fécondation

Maurice Maeterlinck à très bien exposé cette « mécanique » incroyable et prodigieuse. Voici un extrait de son livre L’intelligence des fleurs, écrit en 1907.

Nous verrons plus loin ce qu’éclairent ces explications. Pour le moment, sortons encore une fois dans le jardin ou dans la plaine, afin d’étudier de plus près deux ou trois inventions curieuses du génie de la fleur. Et déjà, sans nous éloigner de la maison, voici, hantée des abeilles, une touffe odorante qu’habite un mécanicien très habile. Il n’est personne, même parmi les moins rustiques, qui ne connaisse la bonne Sauge. C’est une Labiée sans prétention; elle porte une fleur très modeste qui s’ouvre énergiquement, comme une gueule affamée, afin de happer au passage les rayons du soleil. On en trouve d’ailleurs un grand nombre de variétés, qui, détail curieux, n’ont pas toutes adopté ou poussé à la même perfection le système de fécondation que nous allons examiner.
Mais je ne m’occupe ici que de la Sauge la plus commune, celle qui recouvre en ce moment, comme pour célébrer le passage du Printemps, de draperies violettes, tous les murs de mes terrasses d’oliviers. Je vous assure que les balcons des grands palais de marbre qui attendent les rois, n’eurent jamais décoration plus luxueuse, plus heureuse, plus odorante. On croit saisir les parfums mêmes des clartés du soleil lorsqu’il est le plus chaud, lorsque sonne midi…

Pour en venir aux détails, le stigmate ou organe femelle est donc renfermé dans la lèvre supérieure, qui forme une sorte de capuchon, où se trouvent également les deux étamines ou organes mâles. Afin d’empêcher qu’elles ne fécondent le stigmate qui partage le même pavillon nuptial, ce stigmate est deux fois plus long qu’elles, de sorte qu’elles n’ont aucun espoir de l’atteindre. Du reste, pour éviter tout accident, la fleur s’est faite proténandre, c’est-à-dire que les étamines mûrissent avant le pistil, si bien que lorsque la femelle est apte à concevoir, les mâles ont déjà disparu. Il faut donc qu’une force extérieure intervienne pour accomplir l’union en transportant un pollen étranger sur le stigmate abandonné. Un certain nombre de fleurs, les anémophiles, s’en remettent au vent de ce soin. Mais la Sauge, et c’est le cas le plus général, est entomophile, c’est-à-dire qu’elle aime les insectes et ne compte que sur la collaboration de ceux-ci. Du reste, elle n’ignore point, car elle sait bien des choses, qu’elle vit dans un monde où il convient de ne s’attendre à aucune sympathie, à aucune aide charitable. Elle ne perdra donc pas sa peine à faire d’inutiles appels à la complaisance de l’abeille. L’abeille, comme tout ce qui lutte contre la mort sur notre terre, n’existe que pour soi et pour son espèce, et ne se soucie nullement de rendre service aux fleurs qui la nourrissent. Comment l’obliger d’accomplir malgré elle, ou du moins à son insu, son office matrimonial ?

Voici le merveilleux piège d’amour imaginé par la Sauge : tout au fond de sa tente de soie violette, elle distille quelques gouttes de nectar; c’est l’appât. Mais, barrant l’accès du liquide sucré, se dressent deux tiges parallèles, assez semblables aux arbres pivotants d’un pont-levis hollandais. Tout en haut de chaque tige se trouve une grosse ampoule, l’anthère, qui déborde de pollen; en bas, deux ampoules plus petites servent de contrepoids. Quand l’abeille pénètre dans la fleur, pour atteindre le nectar, elle doit pousser de la tête les petites ampoules. Les deux tiges, qui pivotent sur un axe, basculent aussitôt, et les anthères supérieures viennent toucher les flancs de l’insecte qu’ils couvrent de poussière fécondante.

Aussitôt l’abeille sortie, les pivots formant ressorts ramènent le mécanisme à sa position primitive, et tout est prêt à fonctionner lors d’une nouvelle visite.

Cependant, ce n’est là que la première moitié du drame: la suite se déroule dans un autre décor. En une fleur voisine, où les étamines viennent de se flétrir, entre en scène le pistil qui attend le pollen. Il sort lentement du capuchon, s’allonge, s’incline, se recourbe, se bifurque, de manière à barrer à son tour l’entrée du pavillon. Allant au nectar, la tête de l’abeille passe librement sous la fourche suspendue, mais celle-ci vient lui frôler le dos et les flancs, exactement aux points que touchèrent les étamines. Le stigmate bifide absorbe avidement la poussière argentée et l’imprégnation s’accomplit. Il est du reste facile, en introduisant dans la fleur un brin de paille ou le bout d’une allumette, de mettre en branle l’appareil et de se rendre compte de la combinaison et de la précision touchantes et merveilleuses de tous ses mouvements. […]

Pont levis hollandais pour imager le mécanisme de la fleur de sauge

Pont levis hollandais pour imager le mécanisme de la fleur de sauge (Van Gogh)

Abeille déclenchant le mécanisme de la fleur de sauge

Abeille déclenchant le mécanisme de la fleur de sauge

Culture

La sauge officinale est une belle plante méditerranéenne, frutescente dont les feuilles d’un vert grisé sont très décoratives et très appréciées en tant qu’aromate en cuisine.

  • Type de plante: Vivace rustique
  • Multiplication : Semis, bouture, marcotte
  • Hauteur : 45 à 75 cm
  • Largeur : 40 cm, tendance à s’étaler
  • Sol : Léger, frais, très bien drainé et humifère
  • Lumière : Ensoleillement direct

Culture au potager

Au potager la culture est très simple, respectez surtout les conditions d’un sol bien drainé et d’une exposition en plein soleil bien que la sauge tolère la mi-ombre. Vous pouvez démarrer la culture à partir d’un semis en godet au début du printemps mais il vous faudra attendre 2 années avant de la voir fleurir. Sinon achetez-la en jardinerie en godet et transplantez-la au potager, arrosez-la le temps de la reprise. Choisissez de l’implanter plutôt en bordure. L’année suivante faites éventuellement une taille à la fin du mois de mars pour que la sauge garde une forme harmonieuse.

Culture sur votre balcon

La culture en pot demande plus d’attention qu’au jardin, en effet il faudra l’arroser régulièrement. Très pratique pour aromatiser vos plats ou vos tisanes.

Associations au potager

La sauge repousserait la piéride du chou. Bien que sa disposition entre les rangs de choux soit très peu pratique il est possible de planter des rameaux frais entre les plants de choux. Il est possible de l’associer en bordure à proximité de la capucine, attirant elle aussi les piérides. Il faudra toutefois éviter de la planter trop proche des plantes suivantes : absinthe, coriandre, thym, romarin, mélisse, sarriette.
A tester au pied des pêchers pour prévenir la cloque du pêcher.

Pour aller plus loin

J’ai sélectionné deux livres sur la culture des plantes aromatiques et médicinales en bio. Faites attention pour le premier livre « La culture des plantes aromatiques et médicinales en bio », comme il n’y a plus beaucoup d’exemplaires certains vendeurs n’hésitent pas à se faire une belle marge ! Le prix de la dernière édition est de 18€. Ce livre est pour moi un petit bijou (on profite de 30 années d’expérience de l’auteur), pour chaque plante aromatique vous trouverez des informations pertinentes sur la culture, les soins, l’irrigation, les maladies et surtout la récolte et le séchage en claies. A l’origine ce livre est fait pour les professionnels, les amateurs trouveront tout de même leur bonheur. Seuls points manquants, les bienfaits des plantes et comment les utiliser, mais ce n’était pas le but de l’ouvrage !
Le second livre est très bien aussi (on ne présente plus les éditions Terre vivante), plus adapté pour les débutants que le premier, vous trouverez une mine d’informations sur leurs cultures, leurs effets au jardin, leurs parfums, comment les cuisiner, les sécher etc… Bref, une valeur sûre !