Comprendre les variétés : population, lignée pure, hybride F1

23, Jan 2017 by

Comprendre les variétés : population, lignée pure, hybride F1

Pour le jardinier amateur comme pour le citoyen lambda, il n’est certainement pas évident de se retrouver dans les semences et les variétés. D’ailleurs, qui ça intéresse vraiment ? L’homme moderne s’est bel et bien détaché de la nature et de l’agriculture. La controverse la plus récurrente concerne surtout les OGM, la majorité des citoyens n’en veulent pas et c’est tant mieux ! En s’intéressant un peu plus on entend aussi parler des hybrides F1 et des variétés anciennes et paysannes. Dans cet article je vais surtout m’intéresser à ces variétés. Nous allons voir quelle est la différence entre une variété population, un hybride et une lignée. Puis nous verrons la réglementation en France, avec le catalogue officiel des espèces et des variétés ainsi que les critères d’inscription.

Variété population, lignée pure, hybride F1, quésaco ?

Qu’est-ce qu’une variété population ?

Une variété population est synonyme de « variété paysanne », « variété locale » ou encore « variété ancienne ».

Les variétés population sont des variétés dont les caractères morphologiques et physiologiques sont variées. Leur grande diversité génétique leur permet de s’adapter à l’environnement qui est en perpétuel changement. Historiquement ce sont les variétés population qui existent depuis le début de l’agriculture. Comme il a toujours le cas il est possible de récolter leurs semences pour les semer année après année. On prendra en compte leur mode de pollinisation et certains critères de sélection. Nous y reviendrons dans deux futurs articles.

Qu’est-ce qu’une lignée pure?

Reprenons la variété population, diversifiée de base, et isolons des individus qui présentent certains caractères (par exemple les plus vigoureux), puis multiplions-les entre-eux. Au fil des générations successives la variété (ou lignée) va présenter une grande proportion d’individus identiques (c’est-à-dire homogènes, nous allons y revenir).
Concernant ces lignées, Jean-Pierre Berlan (pages 10 et suivantes) n’hésites pas à parler de clones. Effectivement, des individus tous identiques ne sont-ils pas des clones ?
Ce qui est certain c’est que ces lignées pures ont une diversité génétique bien amoindrie par rapport aux variétés population.

Qu’est-ce qu’une variété hybride ? un hybride F1 ?

Un hybride est un croisement de deux variétés de lignées pures différentes, dont la première génération, F1, donne des plants très homogènes et dont la vigueur est importante, c’est ce qui est appelé le phénomène hétérosis.

Si on décide de laisser ces hybrides F1 donner une descendance pour en récolter leurs semences, dès la seconde génération, F2, les plantes n’auront plus les caractères morphologiques et physiologiques de la première génération (F1). La variété F1 est donc instable dans sa descendance contrairement à une variété population et une lignée pure.

Les hybrides F1 présentent évidemment des avantages pour les agro-industriels. Ces avantages dépendent des critères de sélection, cela peut être la mise en avant d’une résistance à un ou plusieurs bio-agresseur (maladie, ravageur), une meilleure conservation, une meilleure résistance au transport, une meilleure capacité de rendement et bien entendu des récoltes homogènes, qui vont bien avec l’industrie.

Les objectifs politiques définis après la seconde guerre mondiale étaient d’améliorer la productivité de l’agriculture française et d’assurer la sécurité alimentaire du pays. Depuis presque 15 ans maintenant, cet objectif a été revu pour qu’en plus d’être toujours rentables et productives, les nouvelles variétés répondent à une agriculture plus respectueuse de l’environnement notamment avec une démarche VATE (Valeur Agronomique, Technologique et Environnementale) qui doit nécessiter moins d’intrants (pesticides, eau, engrais azoté) et une meilleure résistance génétique aux bioagresseurs. Cette démarche VATE ne concerne pas les plantes potagères, seulement les grandes cultures.

Sauf que depuis les années 50-60, les lignées pures puis les hybrides F1 ont étés sélectionnées dans une logique d’agriculture conventionnelle, donc pour leur capacité à absorber des engrais solubles (chimiques), de se gorger d’eau, et de répondre efficacement aux pesticides pour bien fonctionner.

Autre interrogation majeure, comment sont sélectionnées les nouvelles variétés ? Que ce soit en grande culture comme en légumière. Par CMS (stérilité mâle cytoplasmique) ? On est pas considéré dans les OGM mais on joue avec la fusion cellulaire… Demeter mets à disposition une liste positive des hybrides non CMS pour les légumes.

Y-a-t’il d’autres types d’hybrides ?

On parle surtout des hybrides F1, mais il existe d’autres types d’hybrides plus complexes, ce sont les variétés hybrides trois voies, quatre voies et hybride de clones. Par exemple dans le cas d’une variété hybride trois voies, un parent est une variété hybride F1, l’autre parent est une lignée pure. Un hybride quatre voies a deux parents hybrides F1.

La réglementation des semences en France

Pourquoi avoir développé ces hybrides ?

La logique de la production capitaliste finit par englober la vie. Marx *

Dans notre société moderne, capitaliste, une découverte peut être protégée par le brevet afin de donner à son inventeur la possibilité d’exploiter son invention et de retirer des redevances. Depuis 1961, en France, cette idée de brevet est étendue aux plantes et aux variétés avec la création du COV (Certificat d’Obtention Végétale). Le COV est moins contraignant que le brevet mais avantage surtout les sélectionneurs qui peuvent utiliser librement ces variétés pour créer de nouvelles variétés. Ce que ne permet pas le brevet.

L’obtenteur d’une lignée pure ou d’un hybride F1 qui obtient un COV, touche des redevances durant 25 à 30 ans pour toute entreprise/agriculteur qui utilise ses semences.

Ainsi les agriculteurs (ou les exploitants agricoles) qui auraient la drôle d’idée de faire comme leur ancêtres durant des millénaires, c’est-à-dire resemer les semences, doivent repasser à la caisse pour resemer ces variétés protégées par un COV (pour 21 espèces). En pratique il est possible de ressemer les lignées pures mais pour les hybrides F1 et les plus complexes, il est impératif de racheter des semences, car souvenez-vous, les caractéristiques de leur descendance est instable.

DHS : Distinction, Homogénéité, Stabilité

En France, pour qu’une variété puisse être commercialisée, elle doit être inscrite au Catalogue Officiel Français des Espèces et Variétés auprès du CTPS.
Pour pouvoir être enregistrée au catalogue, les variétés, quelles soient potagères ou de grandes cultures, doivent répondre à des critères de DHS : Distinction, Homogénéité et Stabilité.
Cela signifie que chaque nouvelle variété se doit d’être distincte (par ses caractères morphologiques et physiologiques) d’une autre variété et en référence à une collection. Au sein de cette variété, l’ensemble des individus doit être identique ou homogène. Enfin, la variété doit être stable dans le temps, c’est-à-dire qu’à chaque descendance ou nouvelle production de semences dans le cas des hybrides F1, on doit retrouver les mêmes caractères.

Listes a, b, c et d du catalogue officiel

Ces quatre listes, a, b, c et d concernent les plantes légumières. Il existe dix autres listes sur le catalogue qui concernent les grandes cultures, la vigne, les espèces fruitières et les espèces forestières.

  • La liste a :Variétés dont les semences peuvent être, soit certifiées en tant que « semences de base » ou « semences certifiées », soit contrôlées en tant que « semences standards » et commercialisables en France et par extension en UE.
  • La liste b : Variétés dont les semences ne peuvent être contrôlées qu’en tant que « semences standards » et commercialisables en France et par extension en UE.

Une grande majorité des variétés qui répondent aux critères de DHS de ces listes a et b sont les lignées pures et les hybrides mais pas les variétés population. Avant 2010 il était donc interdit, disons plutôt impossible, de commercialiser ces variétés population, leur homogénéité n’étant pas suffisante pour être acceptée sur ces listes.

Depuis 2010 seulement, deux nouvelles listes sont crées :

  • La liste c : Variétés de conservation cultivées traditionnellement dans des régions spécifiques et menacées d’érosion génétique
  • La liste d : Variétés sans valeur intrinsèque pour la production commerciale mais créées en vue de répondre à des conditions de cultures particulière commercialisables en France et par extension en UE

Pour ces deux listes c et d, les critères d’inscription sont moins stricts, la DHS est allégée. Ainsi le critère d’homogénéité accepte une norme de population de 10% alors que pour la liste a et b cette norme est de 1% pour les espèces autogames et 2% pour les allogames.

La maintenance de ces variétés sur les listes c et d du catalogue officiel est gratuite.

Concernant la liste d la commercialisation des semences doit se faire en petites unités de conditionnement. Les sachets doivent faire figurer la mention « variétés dont le produit de la récolte est principalement destiné à l’autoconsommation ».

Quelques chiffres sur ces listes

Sur la liste a, toutes espèces confondues, 1517 sur 2480 variétés sont des hybrides F1 et lignées soit 61.2% des variétés. Les autres sont des non hybrides et des clones (ail, échalote, fraisier). Sur la liste d, toutes espèces confondues, 6 variétés sur 344 sont des hybrides F1 soit 1.75%. Les autres sont majoritairement non hybrides.

Pour aller plus loin sur le sujet :

Si vous vous posiez des questions sur ce sujet des variétés, le pilier de notre biodiversité alimentaire, j’espère y avoir répondu à travers cet article. C’est un sujet, qui selon moi est d’une importance capitale, que l’on soit jardinier, maraîcher, agriculteur ou citoyen.

Si vous souhaitez aller plus loin sur le sujet je vous recommande :

* Il s’agit en réalité d’une citation d’Antonio Negri qui argumente sur un court extrait de texte du livre Le capital de Marx. L’idée est bien de Marx, A. Negri parle en réalité de l’exploitation de l’homme englobé dans le capitalisme. J’ai simplement trouvé que cette citation allait parfaitement avec le brevetage du vivant.

A propos de l'auteur :

Pour mes voisins jardiniers je suis un drôle de bio qui ne quitte jamais son appareil photo et son trépied : "Il ferait mieux de désherber son jardin plutôt que de prendre ses coccinelles en photo..." Je suis donc un fervent jardinier du potager naturel ou bio, depuis 2012 je partage cette passion avec vous via Tous au Potager.

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