Comment produire ses propres graines ? Introduction à la production de semences

16, Fév 2017 by

Comment produire ses propres graines ? Introduction à la production de semences

Produire ses graines est un acte tout aussi passionnant (voir plus encore) que de faire pousser ses légumes pour les retrouver dans nos assiettes. En faisant ses graines on prend vraiment acte dans la transmission du patrimoine alimentaire, dans l’adaptation des variétés à ses conditions de cultures, ce qui est tout simplement dans la continuité de ce qui a déjà fait depuis des millénaires par les paysans.

En tant qu’amateur on va surtout faire profiter ses amis jardiniers, sa famille, éventuellement les grainothèques et d’autres lieux d’échanges entre passionnés sur internet.

Pourquoi s’intéresser aux variétés potagères et fruitières ? J’ai apporté une réflexion à travers cet article sur les différences entre les variétés anciennes et les plus modernes. Récapitulons ces raisons : Garder une autonomie relative dans la production des variétés, participer à la conservation des ressources de notre diversité alimentaire, adapter les variétés à nos terroirs. Sans oublier le fait de faire des économies.

Avant de passer aux critères de sélection, sujet qui sera abordé dans un futur article, il est nécessaire d’avoir quelques notions de botanique, comprendre la pollinisation avec les différences que peuvent avoir les plantes dans un jardin potager et au verger. C’est ce que nous allons voir dans cet article.

Les fleurs, botanique et pollinisation

La fleur est le lieu de reproduction sexué chez les plantes. Avant d’aller dans les détails de la pollinisation je vous propose un peu de botanique.

Quels sont les organes floraux ?

Source de l’image : canope.ac-besancon.fr

Les organes mâles sont appelés les étamines. Chaque étamine est constituée d’un filet surmontée d’une anthère (souvent par deux) qui est le lieu de production du pollen.

L’organe reproducteur femelle est appelé le pistil, il est constitué d’un ou plusieurs carpelles.

Chaque carpelle est constitué à sa base d’un ovaire contenant des ovules, il est surmonté du style et du stigmate. Le stigmate est le lieu ou sera accueilli le pollen qui « germera » à cet endroit pour atteindre et féconder les ovules. Le ou les carpelles évoluent, dans une grande majorité des cas, en fruits. Les ovules fécondés donneront des graines.

Fleurs femelles, mâles, les deux ?

Une grande partie des fleurs sont dites hermaphrodites ou bisexués, c’est-à-dire que sur une seule et même fleur on va retrouver l’organe sexuel femelle et les organes sexuels mâles. Ces fleurs peuvent donc en théorie s’autoféconder mais ce n’est pas toujours si simple, nous y reviendrons. Au potager on va retrouver ce type de fleur chez de nombreuses espèces comme les chez les Solanacées (aubergine, tomate, poivron, physalis), les chicorées, les choux, haricots, oignons et bien d’autres espèces. Au verger on va retrouver le cerisier, le pommier, le poirier, le prunier etc…

Inflorescence de phacélie aux fleurs hermaphrodites

D’autres espèces sont dites monoïques, ce qui signifie que sur un même plant on aura à la fois des fleurs mâles et des fleurs femelles. Au jardin potager c’est le cas de presque l’ensemble des Cucurbitacées (Courge, courgette, concombre, melon, potiron etc…), des variétés plus récentes de melon ont des fleurs hermaphrodites. Au verger ça sera le cas du noyer et du noisetier.

Enfin des espèces sont dites dioïques, c’est-à-dire que chaque plant aura uniquement des fleurs mâles ou uniquement des fleurs femelles. Au potager c’est le cas de l’épinard, au verger le kiwi (sauf concernant encore des variétés modernes). C’est également le cas de la précieuse ortie du jardinier bio.

Comment sont pollinisées les fleurs, pourtant immobiles ?

Les plantes étant ancrées dans la terre, elles ont du adopter au cours de leur évolution des stratégies pour assurer leur survie et leur manière de se reproduire. La pollinisation est le phénomène de transport du pollen vers le pistil.

Les organes sexuels -Cliquez pour agrandir

Pour que ce transport puisse avoir lieu, il fait dans une grande majorité des cas appel à un vecteur. La gravité joue aussi un rôle pour la fécondation de certaines plantes.
Sous nos latitudes nous avons deux principaux vecteurs naturels, il s’agit du vent et des insectes. Soit deux définitions :

  • Les plantes anémophiles qui vont « utiliser » le vent comme vecteur de pollinisation. (ex : betterave, épinard)
  • Les plantes entomophiles qui vont « utiliser » les insectes comme vecteur de pollinisation

S’il n’y a rien à faire pour attirer le vent, si ce n’est bien grandir et pousser au bon endroit (et encore), comment faire pour attirer les insectes pollinisateurs ?

Nous sommes ici à mi chemin entre le Darwinisme et l’adaptation des espèces à leur environnement et le Symbolisme à la Maeterlinck, l’étonnement philosophique, cette alchimie élaborée par l’intelligence des fleurs.

La fleur attire l’insecte visuellement avec ses pétales aux couleurs éclatantes, également en dégageant un parfum tout aussi attirant. Les odeurs sont synthétisée par les osmophores à la base de ces pétales. Mais ce n’est pas tout de les attirer sans rien donner échanger, pour remercier et fidéliser l’insecte, la fleur offre une récompense qui est le nectar, substance est plus ou moins sucrée selon les espèces.

Les organes « attractifs » – Cliquez pour agrandir

Pendant que l’insecte prélève l’avantageux nectar, du pollen va s’accrocher sur son corps. A ses prochaines visites de fleurs le pollen arrivera peut être au bon stigmate. L’insecte aura brillamment joué son rôle d’intermédiaire de la fécondation.

La forme de la fleur à également une grande importance, certaines espèces de plantes n’ont qu’une seule espèce d’insecte pouvant polliniser leurs fleurs. C’est par exemple le cas du figuier sauvage dont seulement une petite guêpe peut polliniser ses fleurs. Autre adaptation incroyable allant jusqu’à de la technicité, connaissez-vous l’étonnant mécanisme de la fleur de sauge ?

Les plantes allogames et autogames

Nous avons vu les organes et la pollinisation, j’espère ne pas vous avoir perdu en route ! Intéressons-nous maintenant aux préférences de fécondation des plantes. Pour cela, on classe les plantes à fleurs en deux catégories, les plantes allogames et les plantes autogames :

  • Une plante est dite allogame quand elle privilégie la fécondation croisée. C’est-à-dire que le pollen de la fleur doit polliniser le pistil d’une autre fleur ou fleur d’une autre plante. Plusieurs possibilités pour empêcher de s’autoféconder, par exemple une fleur hermaphrodite ne fera pas mûrir au même moment les organes mâles et femelles. Ou, plus ferme, le pollen de la fleur est incompatible avec son pistil.
  • Une plante est dite autogame quand elle privilégie l’auto-fécondation. Le pollen est compatible avec son propre pistil. Chez certaines espèces quand la fleur s’ouvre elle est déjà fécondée par son propre pollen, par exemple la laitue

Inflorescence du poireau, allogame et entomophile.

Seulement dans la nature tout n’est binaire. A l’image colorée et étonnante des fleurs une plante peut-être plus ou moins allogame et plus ou moins autogame. Cela dépend des conditions météorologiques, des insectes qui seront plus ou moins insistants pour récolter le nectar. On va donc parler plus souvent d’un taux l’allogamie

Quelles conséquences quand on produit ses propres graines ?

Toutes les variétés au sein d’une espèce peuvent se croiser. Chez les plantes allogames la possibilité d’un croisement est fortement accentué dès lors que l’on a deux variétés dont on veut récolter les graines.
Donc pour empêcher deux variétés d’une même espèce de se croiser l’une l’autre il faudra les isoler, nous allons voir comment juste ci-dessous. Sachez que par facilité on peut décider de récolter des semences d’une seule variété d’une même espèce chaque année.

Pour empêcher les croisements de deux variétés d’une même espèce :

  • Distance suffisante entre deux variétés de la même espèce (on compte en centaine de mètres voir en kilomètres)
  • Plantation des portes-graines décalée dans le temps
  • Isolement mécanique (filet anti-insecte, moustiquaire) un jour sur deux pour les plantes entomophiles

Chez les autogames c’est plus facile, il suffira de séparer deux variétés différentes de quelques mètres ou quelques dizaines de mètres.

Semez des fleurs, plantez des ruches

Le rendement et la bonne formation des légumes fruits et des fruits en général est amélioré par les insectes pollinisateurs. Pour la production de semences également. L’abeille domestique est l’un des pollinisateurs les plus efficaces. Pourquoi ne pas faire profiter un apiculteur amateur (c’est peut être déjà votre cas) de votre jardin sans pesticides pour qu’il pose une ruche. Même si une abeille va chercher de la nourriture jusqu’à 3 km autour de sa ruche, dit-on, elle aura au moins un espace sain au plus proche de la ruche. Vous n’avez plus qu’à planter un champs de phacélie autour !

Conclusion sur cette introduction à la production de vos propres graines !

J’espère que vous avez apprécié cet article, tout autant que je me suis arraché les cheveux à l’écrire ! J’exagère, c’était un plaisir, certains passages étaient juste plus complexes, ça m’a permis de bien réviser ! N’hésitez pas à laisser un commentaire ci-dessous, n’hésitez pas non plus à le partager auprès de vos amis jardiniers !

A propos de l'auteur :

Pour mes voisins jardiniers je suis un drôle de bio qui ne quitte jamais son appareil photo et son trépied : "Il ferait mieux de désherber son jardin plutôt que de prendre ses coccinelles en photo..." Je suis donc un fervent jardinier du potager naturel ou bio, depuis 2012 je partage cette passion avec vous via Tous au Potager.

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3 Comments

  1. Merci Aurélien pour ce très bel article, de grande qualité.
    Juste une petite étourderie : le pissenlit n’est pas anémophile mais entomophile. Les graines seront bien ensuite dispersées par le vent, d’où la confusion, mais la pollinisation est bien réalisée par les insectes :
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Pollinisation#/media/File:Image-Pollination_Bee_Dandelion_Zoom2.JPG
    Comme exemple de plantes anémophiles, tu as les graminées (blé, maïs, raygrass…).
    Encore bravo pour tes articles !

    • Aurelien

      Bonjour Didier,
      Bien vu ! J’ai bien pensé au mode de dissémination des graines plutôt qu’à la fleur. Je corrige cette erreur.
      Merci !
      Aurélien

  2. Bravo Aurélien, vos explications sont très claires! Toutes ces notions remontaient, pour moi, au collège, c’est à dire très longtemps… Aucun problème pour comprendre.

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